CINEMA

Aller au cinéma en groupe, pour favoriser les discussions, c'est ce que le CA a décidé pour le mois d'avril, nous nous proposons d'aller voir pour cette première soirée LE SEL DE LA TERRE, film Franco-brésilien autour du photographe présenté en Version Originale Sous titrée.

Rendez-vous 18 h Place Camille Jullian à Bordeaux, accès tram A arrêt Sainte Catherine, ou à pied depuis la place Pey Berland

Wim WENDERS et Julliano RIBEIRO SALGADO - documentaire France/Brésil 2014 1h50mn VOSTF - avec Sebastiao Salgado et ses photos... CESAR DU MEILLEUR DOCUMENTAIRE, voici la critique de la Gazette d'Utopia

D'abord les mots de Wim Wenders : « C’est un film modeste, un film dédié aux images d’un autre. L’un des plus grands photographes d’aujourd’hui. » Wenders s’est effacé derrière l’artiste et l’homme qu’il admire et dont il a choisi de montrer le travail. Quelle découverte, et quel hommage pour ceux qui découvriront l’œuvre de Sebastiao Salgado, né au Brésil en 1944, et qui a parcouru le monde pendant quarante ans, à la recherche de l’humanité sous toutes ses formes. Le procédé de Wenders est élégant et sobre : faire parler les images de Salgado, toujours en noir et blanc. La voix off du photographe vient commenter les clichés, son visage, en fondu noir et blanc, semble parfois sortir des images, pour nous raconter l’homme derrière le photographe, l’aventurier aussi.
D’abord, Wenders, dont on entend aussi la voix, rappelle que la photographie, c’est « écrire sur la lumière ». Sans lumière, pas de bonne photographie. Sans humanité non plus. Les premières images montrent une mine d’or au Brésil, où des grappes entières d’hommes accrochés aux flancs de la terre rappellent les bâtisseurs de pyramides. Salgado ne cesse, dans son travail, de chercher l’humanité originelle, l’intrinsèque nature humaine.

Le film suit ensuite le parcours chronologique des œuvres de Salgado, qui évolue à mesure que sa vie se dessine. Son père aurait voulu qu’il soit avocat mais, seul garçon parmi sept sœurs, Sebastiao se veut aventurier. Il commence des études d’économie, quitte le Brésil pour la France pendant les mouvements de gauche en Amérique latine dans les années soixante, et rencontre la femme de sa vie, Lélia – auquel le film rend aussi un hommage permanent. C’est elle qui lui fournit son premier appareil photo. C’est ensemble qu’ils décident de se lancer dans leur premier grand projet photographique (Sebastiao photographie, Lélia édite), les autres Amériques, consacré à l’Amérique latine que Sebastiao et Lélia retrouvent après dix ans d’exil et la naissance de leur fils Juliano.
Wenders plonge dans les archives de Salgado, nous fait pénétrer au cœur du travail de l’artiste et de ses questionnements incessants sur le sens de son métier. Chaque histoire que Salgado raconte est une leçon de vie, teintée d’humour, de mélancolie, d’humanité. Toujours d’un respect immense pour les hommes qu’il croise, et qu’il regarde. Humble, il livre l’un de ses secrets : « on ne fait pas un bon portrait seul. C’est celui qui est photographié qui vous offre la photo ». Au Pérou, le peuple indigène Saraguros le prend pour un envoyé de Dieu. Au Nord-Est du Brésil, il filme le mouvement des paysans sans terre. S’étonne de ce que la vie y côtoie à ce point la mort, dans une continuité, comme cette image qui montre des cercueils en location dans une petite épicerie.
Mais le vrai choc, pour Salgado, c’est l’Afrique. Le Sahel, le Soudan, dont il ne se remettra pas. Sans relâche, il filme les images d’une famine dont tout le monde se fout, et porte aux yeux du monde la tragédie africaine du siècle. Chaque cliché témoigne d’une empathie infinie pour la nature humaine. Jamais voyeur, son appareil montre ce que traversent des milliers d’hommes sur le continent oublié. Salgado capte leur dignité, leur épuisement. Leur détresse devient la sienne, dans une identification d’une force empathique rare. Puis viennent la Tanzanie, le Rwanda, l’ex-Yougolslavie. Salgado est devenu un photographe de guerre, prêt à se perdre dans les conflits. Il y passe à chaque fois entre six mois et deux ans. Et en revient cassé. Dégoûté de son métier.

C’est Lélia, encore, qui lui redonne goût à la vie en ayant l’idée de replanter la forêt de leur région natale au Brésil, menacée par la sécheresse et la déforestation (elle est aujourd’hui en plein renouveau, avec deux millions d’arbres). Salgado a alors l’idée de sa grande série La genèse, qui retourne aux origines de l’humanité, à la recherche de lieux, de visages ou d’animaux inchangés depuis des milliers d’années. Ce sera les peuples nomades de Sibérie, qui se déplacent avec leurs rennes et dorment toute leur vie dans des bottes en peau. Le peuple Zo’é au Brésil, peuple « paradisiaque » où chaque femme peut avoir trois ou quatre maris (un mari prêcheur, un mari chasseur, et un mari à a maison) ! Salgado n’est plus seulement un photographe de guerre. Il est un photographe des hommes, et de la terre. A la fin, il photographie des gorilles, des ours polaires ou des tortues centenaires, dont il semble partager la sagesse, dans une identification totale.
Ce qui touche au cœur et à l’âme dans le documentaire de Wenders, c’est à quel point l’homme semble se tenir tout entier dans chacun de ses clichés. Salgado est devenu l’homme-photographie. Magnifique.

(Juliette Goudot, moustique.be)

LE SEL DE LA TERRE

UTOPIA, place Camille Jullian Bordeaux

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